À propos

Intérieur nuit. Quelqu'un parle seul.La sensation que quelque chose de l'époque lui échappe le déborde et le pousse à livrer un étrange manifeste existentiel.Il y avait cette première traversée. J'avais vu Denis Lavant porter La nuit juste avant les forêts. Aujourd'hui, quoi ? Les nuits après la déforestation, la longue nuit amazonienne de compter ses arbres, sous la lune un rond d'huile de palme.Il y avait cette deuxième traversée. J'avais vu Jean-Quentin Chatelain porter la longue Ode Maritime de Pessoa dans la mise en scène de Claude Regy. Quelle ode encore possible, quand la mer se cogne à ses mégots, épaves plastiques. Quelle ode maritime encore viable, lorsqu'on coupe tout par le ciel? Quelle force encore de la houle, devant la 5G? Il y avait cette troisième traversée. J'avais vu Fabrice Luchini nous délivrer l'immense Voyage au bout de la nuit célinien. L'écriture plongée dans le seau d'une époque, l'entre-deux guerres avec pour seul héroïsme possible la lâcheté. Il n'y a plus deux guerres pour encadrer l'époque. Il y a ces longues guerres de minerais et misère. La menace plus seulement atomique mais écologique, d'un jour voir le ciel exsangue. Il y avait, parfois, ces diatribes urbaines, à jaillir de l'époque. Nuit Debout. D'occuper la nuit des places. Il y avait, plus récemment, l'hiver des gilets jaunes, campés les samedis sur les rond-points. Il y avait la nuit plus ou moins lente ou vive des radicalisations. La nuit adolescente d'avoir son smarphone allumé et d'impressionné absorber des vidéos de propagande et le matin ne plus reconnaître son lycée, Franprix, l'arrêt du 83, le comico, l'église, le drapeau au-dessus de la mairie. La nuit rétro-éclairée d'attendre qu'un sens enfin soit donné, fut-il univoque ou mensonger. Il y avait mes nuits, parfois. Du noir de ma tête et de la pièce mêlés me fasciner ou m'inquiéter de la mort, me fasciner ou m'inquiéter surtout de l'existence. Le micro-onde allumé me donnait l'heure. Les 4 heures 48 de Sarah Kane étaient passées, et je comprenais que la nuit allait vivre, que la nuit allait devoir vivre.

Rayons : Littérature générale > Romans & Nouvelles

  • Auteur(s)

    Tournier Milene

  • Éditeur

    La Ptite Helene

  • Date de parution

    01/10/2019

  • EAN

    9782378390785

  • Disponibilité

    Indisponible

  • Nombre de pages

    50 Pages

  • Longueur

    21 cm

  • Largeur

    14 cm

  • Épaisseur

    0.5 cm

  • Poids

    150 g

  • Distributeur

    La Ptite Helene

  • Support principal

    Grand format

Infos supplémentaires : Relié  

Milène Tournier

Milène Tournier, née en 1988 à Nice, est docteure en études théâtrales
de l'université Paris-3-Sorbonne nouvelle.
Dirigée par Hélène Kuntz, sa thèse s'intitule « Figures de l'impudeur :
dire, écrire, jouer l'intime (1970-2016) ». Ses recherches portent sur l'au-
tobiographie, le corps, le jeu, et la redéfinition de l'intime à l'aune du
partage en ligne sur les différentes plateformes du web.
Elle participe à une résidence d'écriture dramatique pour l'édition 2018
du Lyncéus Festival à Binic. Elle est également documentaliste.
En 2017, elle obtient la bourse des encouragements de la Commission nationale d'Aide
à la création de textes dramatiques pour Dans ma ville. La même année, elle tourne dans
Automne malade, docu-fiction de Lola Cambourieux et de Yann Berlier, fondateurs du groupe
Réalviscéralisme qui s'intéresse à la porosité entre réel et fiction.
En 2013, elle est lauréate du prix de la Nouvelle de l'université Paris-3-Sorbonne nouvelle.
Elle pratique l'écriture vidéo et partage régulièrement son travail sur le réseau social Facebook.
Quelques-uns de ses poèmes seront publiés dans le prochain numéro de la revue de poésie
contemporaine Place de la Sorbonne.

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